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Publié par Admin le 20/02/2025
Le 6 février 2025, conformément à ce qu'avait annoncé le chef de l'état Français, le ministre des armées, Sébastien Lecornu, , a confirmé l'arrivée d'un premier lot de Mirage 2000-5 en Ukraine.
Ces chasseurs, prélevés sur le parc français, ont subi des modifications afin d'offrir des capacités d'attaque au sol.
En effet, la version originale du Mirage 2000-5 mise en œuvre par l'armée de l'Air est une version d'interception équipée du radar multicibles RDY, inadaptée à l'attaque au sol et dépourvue du câblage et de l'avionique adaptés. Pour rappel, une version spécifique, le Mirage 2000 D (porté au standard RMV), est spécialisée dans ce type de missions.
Le don de ces appareils, originaires du groupe de chasse 1/2 Cigognes, va significativement et durablement entamer les capacités de l'armée de l'Air Française à remplir son contrat opérationnel et à maintenir un nombre d'heures de vol au plus proche du standard OTAN (recommandation de 180 heures de vol par an) pour ses pilotes.
D'après un rapport datant de 2022, les pilotes de chasse de l’Armée de l’Air et de l’Espace (AAE) ont effectué en moyenne 162 heures de vol en 2022, avec une prévision de 147 heures pour 2023.
La situation actuelle ne peut pas être meilleure avec la vente de Rafale, dont un certain nombre a été prélevé sur le parc de l'armée de l'Air :
- en Croatie (12 avions Rafale d'occasion)
-en Grèce (12 avions Rafale occasion)
-en Ukraine, (cession de 6 avions Mirage 2000-5)
Ce sont bien 30 avions de combat qui ont été retirés des escadrons de chasse français ces dernières années pour satisfaire des demandes d'exportation urgentes et désormais équiper l'armée ukrainienne.
La commande en cours de Rafale F4.1, qui doit s'échelonner jusqu'en 2026, ne suffira pas à compenser ces cessions et ventes avant la tranche 5, dont les premières livraisons sont prévues pour 2027.
Il faut donc s'attendre à une baisse significative du nombre d'heures de vol moyen pour les pilotes de Rafale, ainsi qu'à une usure accélérée des cellules et potentiellement à un MCO (maintien en conditions opérationnelles) plus complexe à mettre en œuvre avec des aéronefs plus sollicités. D'autant plus que l'armée de l'air a formé des pilotes de chasses Ukrainiens.
Alors certes, les Rafale prélevés seront remplacés par des cellules neuves au standard F4, mais en attendant, les aviateurs devront entamer considérablement le potentiel du peu d'aéronefs disponibles. Un vrai numéro d'équilibriste, avec le retrait programmé des Mirage 2000-5 restants en 2030 en ligne de mire.
Ces choix politiques ont et auront un effet délétère sur la qualité technique du personnel, et donc sur la sécurité des vols, ainsi que sur la crédibilité vis-à-vis de nos partenaires et de nos compétiteurs.
Cela dit, cette livraison est une bonne nouvelle pour Kiev, au moment où des négociations sont annoncées entre l'administration Trump et Moscou. La France envoie un signal fort à un moment déterminant et montre qu'une politique qui ne dépend pas de la volonté américaine est possible.
Bien que le chasseur de Dassault soit livré en nombre échantillonaire, sa mission n'en demeure pas moins stratégique pour Kiev, qui dispose désormais d'un vecteur durable pour épauler/remplacer ses vieux chaseurs bombardiers Sukhoi SU-24 Fencer et mettre en œuvre une capacité de frappe en profondeur sur des cibles de haute valeur militaire grâce au missile de croisière SCALP-EG, ils auront également la possibilitée de délivrer les bombes AASM (Armement Air-Sol Modulaire, ou Hammer en Anglais) et ce de manière totalement indépendante de la volonté de Washington.
À l'heure où les USA, sous l'impulsion de leur nouvelle administration, affichent leur volonté d'en finir avec les livraisons d'armes à Kiev, le renforcement de la capacité ukrainienne à frapper en profondeur des cibles de haute valeur, bases aériennes, dépôts de munitions ou centres de commandement grâce à des armements européens prend toute son importance.
Avec la prolifération des systèmes Sol-air S-300 et S-400 de l'armée Russe, l'emploi de l'aviation tactique est un exercice risqué, l'espace aérien du champs de bataille est hautement contesté et aucune supériorité aérienne n'est durable.Les chasseurs bombardiers sont limités dans les missions d'appui au profit de l'armée de terre, d'ou l'utilité de munitions disposant d'une l'allonge supérieure comme l'AASM qui permettent de rester à distance des radars et des système de défense aériens ennemis, les états majors des deux camps l'ont bien compris et limitent fortement l'emploi de l'arme aérienne pour les missions d'appui des troupes au sol.
Sans compter le fait que ces appareils sont pleinement capables dans un rôle de police du ciel et de défense aérienne, avec le couple RDY / Mica et leurs canon DEFA de 30mm, ils sont parfaitement indiqués pour l'interception de cibles tels que les drones Shaed ou d'autres menaces aériennes, cela sera également une occasion de se débarasser à moindre frais des missiles Magic II encore dans l'inventaire de l'armée de l'air et de l'espace et progressivement remplacés par le missile MICA NG à à autodirecteur Infra-Rouge. Taïwan ne s'y est pas trompé et envisage de prolonger l'utilisation de ses Mirage 2000-5, particulièrement les biplaces pour la formation et l'entrainement de ses pilotes au combat aérien.
Ils completeront parfaitement les Chasseur-bombardier F-16 reçus pas l'ukrainne et qui ont pu être aperçus dans des mission de protection de l'espace aérien, principalement pour abattre des drones et des missiles de croisière Russes.
Reste la question complexe de la viabilité logistique et économique de maintenir une flotte de 6 chasseurs (insuffisant pour composer un escadron) à moyen terme. La France devrait, à l'horizon 2028-2030, retirer du service ses Mirage 2000-5 restants. Si ces appareils ont encore du potentiel, ils pourraient être eux aussi cédés à Kiev, ouvrant de facto la porte à un nouveau marché d'exportation pour le Rafale en Ukraine afin de les remplacer d'ici quelques années au sein des forces aériennes ukrainnienes.
L'industrie française et Dassault-aviation offrent la possibilité de disposer d'une aviation de chasse moderne sans dépendre de Washington ou de Moscou, ce qui, au vu de la situation politique actuelle, pourrait bien séduire la force aérienne Ukrainienne sur le long terme.
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